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 Repentirs d'outre-tombe

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AuteurMessage
salimbye
Invité



MessageSujet: Repentirs d'outre-tombe   Mar 8 Mar - 16:56

                 Repentirs
d'outre-tombe


               

                                           Par: 
LAABALI


 


Ca
y est. C’est fait. Il a fallu joindre le pouce à l’index pour que tout bascule
dans les ténèbres. La déflagration était assourdissante. Quant aux dégâts, je
n’en ai aucune idée. Pourtant, je ne vois rien de tout ce qui m’a été promis.
Leurs discours n’étaient peut-être que purs mensonges. Ils m’ont fait savoir,
au cours de notre dernière formation, qu’une fois l’acte commis, j’atterrirais
directement au paradis et je serais reçu par Dieu Lui-même qui me féliciterait
pour mon acte de bravoure. Il m’informerait du nombre de mécréants dont j’ai
débarrassé le monde musulman. Il mettrait à ma disposition un palace où je
vivrais éternellement  choyé par sept nymphes.
Malheureusement, je ne vois rien de tout cela. J’ai peur que mon acte ne soit
qu’un crime abject, un massacre de gens innocents qui ne m’avaient fait aucun
mal. Qu’est ce que j’ai fait pour mériter cette mort ? Et ma famille? Va-t-
elle toucher la somme d’argent dont ils m’avaient parlé ?


 Où suis-je ? Je ne vois que le noir, le vide,
le néant. Ah ! Si j’étais encore en vie, je massacrerais tous ces charlatans,
tous ces semeurs de terrorisme, tous ces psychopathes qui, au nom de l’Islam,
transforment beaucoup de jeunes innocents en vrais criminels.


Mes
parents avaient tout à fait raison, le jour où ils m’avaient averti que je
risquerais d’être entraîné dans des histoires si je continuerais à fréquenter
ces soi-disant amis et à passer avec eux la plupart de mon temps. Mais je ne
les avais pas écoutés. Il est vrai qu’à cette époque je n’avais aucun travail.
Comme beaucoup de jeunes de mon âge, j’ai fréquenté l’école pendant quelques
années, mais faute de moyens, j’étais obligé d’abandonner mes études pour me
retrouver dans le monde infernal de la rue. Sans aucune formation
professionnelle, je passais, comme beaucoup de jeunes de mon âge, de longs
moments à errer dans l’attente de jours meilleurs qui tardaient à venir. Je
frôlais tous les vices imaginables.


  Le jour où Driss, un de mes meilleurs
amis,  est venu me proposer de faire du
sport, j’ai hésité un peu parce que je n’avais aucune prédisposition pour ce
genre d’activité. Mais devant son insistance très convaincante j’ai fini par
céder et nous sous sommes mis d’accord pour faire de la marche, tôt chaque
matin.


Lors
de notre première séance sportive, mon ami m’a suggéré d’aller dans une forêt
qui se trouvait à la sortie de la ville. « C’est très calme et l’air y est très
pur ».


 Au cours de la route, nous parlions de tout et
de rien. A un certain moment, mon ami a abordé la situation très désastreuse,
selon lui, du monde musulman. Il m’a fait savoir que tous nos malheurs
provenaient du fait que nous avons négligé notre religion. « Si tous les
musulmans respectaient scrupuleusement les préceptes de l’Islam, sois sûr et
certain, que ce monde serait mille fois meilleur que ce que nous vivons
maintenant ». Personnellement, j’avoue que je n’avais pas saisi le lien entre
notre religion et la misère qui nous écrasait chaque jour davantage. Mais je me
disais qu’il avait peut-être raison sur ce point étant donné qu’il était plus
instruit que moi. De plus, je n’avais même pas le niveau seuil de connaissances
qui me permettaient de débattre d’une manière constructive un sujet pareil.
Même quand j’étais à l’école, mes différents professeurs d’éducation islamique
n’avaient jamais évoqué ce lien qui paraissait évident pour mon ami. Alors dans
l’impuissance d’argumenter pour défendre un point de vue quelconque, je me
contentais de hocher la tête pour lui 
signifier que j’étais parfaitement d’accord avec lui.


Après
avoir marché deux bonnes heures entre les arbres, nous avons rattrapé un groupe
de trois individus. Ils étaient habillés en blanc et portaient de longues
barbes noires. L’un deux, le plus âgé, je crois, a salué chaleureusement mon
ami, puis il lui a demandé s’ils pouvaient faire un bout de chemin avec nous.
Driss a accepté, et nous avons continué ensemble notre marche.


Quelques
temps après, l’un de nos trois accompagnateurs nous a proposé de nous reposer
un peu. Tout le monde a trouvé son idée bonne et nous nous sommes installés
sous un grand  arbre. Alors le plus âgé
des barbus s’est retourné vers moi et m’a tendu la main.


« -
Bonjour frère. Je m’appelle Omar, mais mes amis me nomment Abou Zaid, »


« -
Enchanté » lui, ai-je répondu tout en serrant sa main large et poilue.


« -
Qu’est ce que tu fais dans la vie ? » a poursuivi mon interlocuteur


« -
Rien »


« -
Tu vas au moins à la mosquée pour faire tes prières ? »


« -
Non »


« -
Ecoute- moi …


« -
Nour Eddine


« -
Dieu soit loué ! Quel beau nom ! Nour Eddine ! (La lumière de la religion).
Écoute-moi Nour Eddine. Il est de mon devoir de te dire ceci : Tu n’es rien aux
yeux de la société parce que tu n’as aucun travail. Et tu ne seras rien devant
Dieu parce que tu n’es pas un musulman. Oui, c’est vrai. Tu n’es pas un
musulman puisque tu ne vas pas à la mosquée pour faire tes prières. Tu te
retrouveras certainement aux enfers avec des mécréants comme Golda Mayer,
Shimon Pérez, Bush, Pasteur, Anouar El Sadate, Yasser Arafat et d’autres, au
lieu de te retrouver au Paradis à côté de Khomeiny, Ben Laden, Zaouahiri
Zarkaoui et d’autres fidèles.


«
Moi aussi, j’étais comme toi, ou peut être pire. Oui, j’ai volé, j’ai violé,
j’ai fait de la prison, mais grâce à des frères et Dieu soit loué, ma vie a
complètement changé depuis le jour ou j’ai commencé à respecter les lois de
l’Islam. Aussi, j’ai un travail, je suis marié et j’ai un garçon qui s’appelle
Zaid d’où le surnom Abou Zaid (Le père de Zaid). Je compte faire de lui un
grand Imam (un chef religieux) qui combattra tous les mécréants dans ce monde.
Ecoute- moi frère. Toi aussi tu peux changer. Commence par faire tes prières et
tu verras. Ta vie prendra un autre sens et tout deviendra facile pour toi. Il y
a beaucoup de fidèles qui sont prêts à aider tous ceux qui veulent sauver
l’Islam, tous ceux qui veulent combattre les mécréants. Crois- moi Nour Eddine,
notre Islam triomphera. Crois-moi. Essaie et tu verras ».


De
retour chez moi, je commençais à me demander si le barbu Abou Zaid n’avait pas
raison. « Pourquoi ne pas essayer pour vérifier si ce qu’il disait est vrai ».


Driss
mon ami, soutenait les propos d’Abou Zaid, et me déclarait chaque fois que
l’occasion se présentait que ce dernier avait raison, que notre pays avait
besoin de citoyens comme lui, qu’il fallait agir vite avant que le mal ne se
propage partout dans le corps du monde musulman. Et c’est ainsi qu’un jour j’ai
décidé d’aller à la mosquée pour faire mes prières comme tous les fidèles, non
pas par conviction mais, plutôt pour vérifier si Abou Zaid avait raison. Mon
ami était aux anges. Il m’a promis de venir chaque matin très tôt pour
m’accompagner à la mosquée.


Deux
jours après cette reconversion, Driss est venu me rapporter 500 dinars (50
euros).


-       « De la part d’Abou Zaid. Il m’a chargé
de te féliciter et de remettre cette somme pour que tu puisses partir de bon
pied dans ta nouvelle vie de musulman. »


Alors
que nous parlions de la misère qui rongeait notre société, de l’ignorance et de
l’analphabétisme qui sévissaient dans le pays, mon ami m’a fait savoir qu’un
bon musulman doit toujours apprendre pour pouvoir analyser des situations,
acquérir des expériences, prendre les bonnes décisions quand il le fallait.


Sentant
que j’étais tout à fait d’accord avec lui, il m’a proposé de venir assister aux
cours donnés gratuitement chaque soir dans différents lieus.


Les
cours en questions, commençaient vers 22h30. Pour ne pas attirer l’attention
des gens, les assistants devaient venir par groupes de deux personnes toutes
les 10 minutes.


Les
intervenants changeaient en fonction du niveau du public et du thème abordé. La
hiérarchie était scrupuleusement respectée. Les premières séances appelées
«séances d’initiation » étaient généralement assurées par de très jeunes gens
dont le niveau d’instruction dépassait rarement le baccalauréat.


Le
premier cours auquel j’ai assisté portait sur trois points.


    . Comment faire ses ablutions ?


    . Comment accomplir ses prières dans une
mosquée en présences d’autres fidèles ?


    . Comment un musulman se distingue-t-il, au
niveau physique et vestimentaire, des mécréants ?


J’avais
déjà quelques notions glanées au cours de ma scolarisation sur les deux
premiers points, mais ce qui a retenu mon attention lors de cette première
rencontre c’était surtout le troisième.


Habillé
tout en blanc et portant une longue barbe noire et bien touffue, l’animateur,
un jeune « frère » dont j’ai toujours ignoré le vrai nom, s’est longuement
attardé sur l’aspect vestimentaire du vrai musulman. J’ai ainsi appris que dans
une société musulmane tous les hommes devaient porter une tunique de couleur
blanche, de préférence (la couleur verte, noire, ou rouge est tolérée), un
large pantalon qui ne dépasse pas les mollets, un turban, des sandales et des
chaussettes. L’usage de la soie et des tissus avec motifs est strictement
interdit.  Le « frère » ne cessait de
nous rappeler un hadith (acte ou parole du prophète) où il est clairement
mentionné que « celui qui imite un peuple en fera partie ». Gare donc à celui
ou à celle qui s’habillait à l’occidentale.


Les
vêtements du vrai musulman doivent être amples pour ne  mouler ni révéler certaines parties de son
corps. Ils ne doivent en aucune manière être transparents. A l’inverse des
hommes, les femmes doivent se couvrir entièrement, en noir de préférence (y
compris leurs visages, leurs mains et leurs pieds). Quant au comportement  à adopter, et selon ce jeune frère, le
musulman doit avoir de la pudeur et dissimuler en public les attraits du corps
qui selon lui, doivent être réservés au conjoint ou à la conjointe. D’où la
nécessité de se marier très jeune.


Les
filles devaient se couvrir les cheveux. Elles ne devaient plus porter de mini
jupes ou de jeans. Plus tard, on les obligeait à ne plus aller à l’école, au
lycée ou à l’université. La femme musulmane est faite pour garder le
foyer.  Plus de cheveux longs, plus de
tatouages, plus d’habits extravagants pour les garçons.


La
vue, nous a-t-il appris, doit être bien maîtrisée et parfaitement surveillée.
Ainsi, le vrai musulman ne doit jamais porter son regard sur la partie comprise
entre le nombril et les jambes d’un autre homme. Il ne doit en aucune manière
porter son regard sur une partie quelconque d’une femme (sauf sur sa propre
femme et sur celles qui lui sont interdites en mariage).


En
répondant un jour à une question relative au port de la barbe, le jeune frère
était catégorique et clair :


« -
Tous les hadiths ordonnent de laisser pousser la barbe dans son état normal et
de raser la moustache pour se distinguer des mécréants ».


 A partir de ces premières leçons, j’ai
commencé à comprendre l’Islam. Je ne ratais pas un seul cours. J’étais l’élève
le plus assidu de tout le groupe.


Ayant
remarqué les efforts que je déployais et les progrès que j’accomplissais, mes
supérieurs commençaient à me faire confiance. A la fin de chaque mois, mon ami
Driss me remettait une importante somme d’argent qui me parvenait des «  hautes sphères », comme il disait. Cette
aubaine inespérée me poussait à redoubler mes efforts pour être à la hauteur
des espoirs de tous mes chefs. Et effectivement, j’ai été récompensé pour mon
travail.


Un
jour, mon ami Driss et un frère nommé Abou Hafsa sont venus frapper à la porte
de notre maison. Lorsque je suis sorti, ils m’ont salué cordialement et m’ont
informé que le Comité Régional était très content de mon progrès. Et en signe
de récompense, ils m’ont remis la clé d’une boutique bien équipée où je devais
vendre des produits laitiers.


 J’étais fier de mon succès. Surtout lorsque
j’ai appris, quelques semaines après que j’étais sélectionné pour participer à
des rencontres qui se tenaient au niveau national, rencontres qui étaient
dirigées par des cheikhs dont le niveau intellectuel était largement supérieur
à celui des frères. J’étais content parce que cette participation allait me
permettre de connaître d’autres frères, m’ouvrir d’autres horizons. En outre,
elle me permettrait de visiter d’autres villes et d’autres régions du pays,
puisqu’elles se tenaient généralement dans des maisons à la campagne ou dans de
grandes villes et duraient plus d’une semaine. De plus, tout le monde était
pris en charge pendant cette période de formation.


J’étais
donc admis au niveau supérieur. Celui qui me permettait d’analyser des
situations afin de prendre les décisions les plus adéquates. Nos formateurs
nous parlaient de la politique internationale. Dans ce domaine, j’ai été encore
une fois  parmi les meilleurs éléments
parce que j’ai appris énormément de choses sur l’Islam et la politique. J’ai
appris que le seul pays qui était sur le point de devenir un vrai état
islamique est l’Afghanistan. Malheureusement cette renaissance a été étouffée
dans l’œuf par les mécréants et à leurs têtes les Etats-Unis d’Amérique et
Israël.


Dans
ce pays, les musulmans avaient commencé à bannir tout ce qui avait rapport avec
l’Occident. Il n’y avait plus de collèges, plus de lycées, plus d’universités.
Il n’y avait que des medersas où l’on apprenait le Coran par cœur et la Charia
Islamique (la loi) pour pouvoir l’appliquer par la suite contre les mécréants.
Dans ces établissements, il n’y avait pas de chaises, pas de tables, pas de
tableaux. Il n’y avait pas de diplôme de baccalauréat, de licence ou de
doctorat. A la fin de leur cursus, les musulmans Afghans devenaient des
cheikhs, des muftis, des oulémas, des mollahs ou des émirs. Là-bas, nous
affirmaient nos formateurs, les gens ne s’habillaient pas comme les
occidentaux, ne regardaient pas la télévision, n’écoutaient jamais la musique.
Ils dormaient à même le sol et mangeaient avec les doigts de la main droite
(Satan se tient  toujours sur le côté
gauche de l’être humain). Ils nous ont appris que lorsque les vrais musulmans
Afghans avaient pris le pouvoir, il n’y avait plus une goutte d’alcool dans
tout le pays. Les femmes Afghanes se couvraient entièrement et n’avaient pas le
droit de sortir de leurs foyers toutes seules. Si elles quittaient leurs
maisons, elles étaient obligatoirement 
accompagnées d’un homme adulte de leur famille pour qu’il les surveille
de près.


Au
cours de ces rencontres, tous les intervenants répétaient que nous étions les
espoirs de ce pays, les sauveurs mêmes. En tant que bons musulmans nous devons
agir comme nos frères  Afghans qui
luttent contre les mécréants malgré leurs armes rudimentaires. La phrase : « Il
faut assainir le monde musulman » revenait fréquemment dans la bouche des
intervenants. Ils nous assuraient que le monde occidental est vulnérable en
nous citant le nom d’un grand musulman qui s’appelle Oussama Ben Laden. Ce
dernier a osé attaquer les intérêts des pays occidentaux aussi bien à
l’étranger que dans leurs propres pays. Ils nous rappelaient les énormes dégâts
que ce bienfaisant avait causé à ces mécréants en Tanzanie, au Kenya, en
Espagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Inde et mêmes dans des pays qui se
disent musulmans comme le Pakistan ou l’Arabie Saoudite. Nos formateurs
voulaient qu’on soit tous des Ben Laden, ou des Afghans pour anéantir les
mécréants. Mais comme ces derniers se tenaient souvent loin de chez  nous, il fallait donc attaquer leurs pantins,
leurs chiens de garde sans oublier tous les citoyens nuisibles à notre cause.
Tous nos efforts devaient donc se concentrer d’abord sur notre société avant de
passer aux intérêts des mécréants. Les ivrognes, les alcooliques, les drogués doivent
être tués. Toutes les armes étaient permises pour venir à bout de ces parasites
: couteaux, armes à feu, bâtons, essence pour les brûler vivants.


 La chasse était donc ouverte. Une fois revenus
chez nous, nous avons formés des groupes de cinq frères.


Armés
de bâtons, de couteaux et d’un ou deux bidons d’essence, nous sillonnions
certains quartiers à la recherche des ivrognes. Moi-même j’ai eu la chance de
brûler deux  jeunes alcooliques. La tâche
était très facile. Après les avoir aspergé d’essence, je craquais une allumette
et je prenais la fuite. Leur mort était signalée dans les journaux à la
rubrique des faits divers. « Un jeune drogué a été retrouvé mort carbonisé. Le
feu s’est déclaré à cause d’un mégot non éteint».


Comme
j’étais devenu apte à analyser des situations et à prendre les solutions
adéquates, un jour, je me suis dit qu’il fallait que je donne l’exemple du bon
musulman, non pas à mon niveau personnel car, Dieu soit loué, j’étais déjà un
bon musulman, mais à celui de ma famille. Je suis donc allé voir mon père, qui
lui aussi faisait ses prières depuis très longtemps, malheureusement, il ne se
comportait et n’agissait pas comme le voulait notre religion.


Mon
père travaillait à la municipalité de la ville. Il était un simple employé : un
planton. Il portait toujours durant son travail un uniforme bleu et une
casquette rouge. Ce qu’il ne me plaisait pas chez lui, c’est que, d’abord, il
faisait ses prières tout en restant habillé de son uniforme, ensuite,  il permettait à ma sœur, plus jeune que moi,
d’aller au lycée tout en mettant soit un jean soit une jupe, et enfin, il
autorisait  ma mère à aller toute seule,
chaque matin, faire des courses.


Je
suis donc venu le voir pour lui montrer le droit chemin. Quand j’avais fini mon
discours, mon père s’est levé et m’a déclaré sur un ton on ne peut plus
furieux.


«
Ecoute moi jeune homme, nous sommes musulmans de père en fils. Nous avons
toujours vécu avec des chrétiens et des juifs. Chaque communauté pratiquait son
culte et ses rites librement sans jamais nuire aux autres. Nous nous
respections, nous nous conseillions, nous nous entraidions. Nos enfants et les
leurs fréquentaient les mêmes écoles, ils jouaient ensemble, allaient ensemble
au cinéma. Et tu viens aujourd’hui me dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne
le faut pas. Tu viens me demander de renier toutes les autres religions. Tu
veux que je me range à tes côtés  pour
anéantir tous ceux que tu appelles « des mécréants ». Qui t’as donné ce droit ?
»


«
Ecoute-moi bien. Ce ne sont pas des barbus comme toi qui vont bouleverser ma
vie. Le monde évolue. Mon arrière grand père ne s’habillait certainement pas
comme moi, et ton arrière grand-mère ne s’habillait pas comme ta sœur, et si ta
maman sort chaque matin pour faire le marché c’est parce qu’il n’y a personne
pour le faire. Moi je travaille et  toi
tu erres Dieu seul sait où. Et combien même elle n’aurait pas à accomplir cette
corvée chaque jour, moi, je l’autoriserais à sortir pour casser un peu la
routine, parce que ton père croit à l’évolution de la société.


«
Mon fils, ton Islam n’a pas de place chez moi. Va le prêcher plutôt ailleurs,
et ne remets jamais les pieds dans cette maison tant que tu ne renonces pas à
ton idéologie obscurantiste et intolérante en vers les autres religions. Et
crois-moi. Vous n’irez pas loin avec vos crimes et vos discours fascistes ».


Fou
de rage envers ce père têtu qui prétendait qu’on pouvait vivre en harmonie avec
des mécréants, j’ai quitté donc la maison en espérant le tuer, un jour, de mes
propres mains.


J’ai
acheté un lit et je me suis installé dans ma boutique.


Au
cours de la rencontre qui a suivi cette scène et qui s’est tenue à la campagne,
j’ai demandé à mon formateur si je pouvais supprimer mon père. Le moufti (celui
qui donne des fatouas) m’a prié de renoncer à mon acte : « Ton père rejoindra
certainement notre rang ».


Cette
volonté de ne reculer devant rien quand l’Islam est en danger m’a projeté au
devant de la scène. J’étais l’objet d’admiration de tous mes supérieurs. Des
rumeurs parlaient de missions de haute importance qui m’attendaient. C’était
une question de temps et de planning.


Et
c’est ce qui allait arriver.


Un
jour, un formateur est venu me déclarer que j’étais choisi avec deux autres
frères par le Comité Central pour suivre un stage spécial afin d’accomplir une
mission de haute confidentialité.


Des
stages de formation, j’y avais déjà participé à maintes reprises avec tous les
frères. On nous amenait très loin dans des régions montagneuses, pour nous
faire subir des exercices sportifs. Chaque matin, on nous réveillait très tôt
pour faire des courses, sauter des obstacles, escalader des arbres ou des
rochers, traverser des rivières à la nage… Ces séances nous fatiguaient
beaucoup. Tout le monde était à bout de nerfs. Il n’y avait aucun moyen de distraction.
Le soir, nous organisions des veillées religieuses. Beaucoup de frères
voulaient fuir parce qu’ils ne supportaient plus cet enfer. Certains d’entre
eux tenaient en cachette des conversations qui étaient formellement interdites.
Ils parlaient de jeunes filles, de sexe, de musique etc.… Des bagarres
éclataient de temps en temps entre les groupes.


Ayant
remarqué cette tension qui régnait au sein des 
stagiaires, le formateur responsable a avisé ses supérieurs. Ces
derniers ont délégué un vieux cheikh barbu qui leur a parlé dans un discours
simple et limpide. Il a insisté particulièrement sur le rôle de la sexualité
dans la vie de l’individu, « surtout quand ce dernier est jeune comme vous,
a-t-il déclaré ». Et il a ajouté : « N’oubliez surtout pas que notre religion
est permissive et tolérante, et je sais très bien que beaucoup d’entre vous
désirent bien faire l’amour, mais faute de femmes je vous autorise donc à vous
arranger entre vous afin de satisfaire ce besoin ».


Juste
après le départ du vieux cheikh, des couples se sont constitués. De temps en
temps, ils se cachaient derrière des arbustes ou des touffes d’herbe. On
entendait leurs cris de jouissance ou de douleur.


Et
la face de l’Islam a été sauvée.


En
ce qui me concerne, je n’avais aucun problème au niveau sexuel, car depuis le
jour où on m’a remis la clé de la boutique, j’ai noué des relations très
intimes avec la sœur aînée de Said. Chaque fois qu’elle venait chercher du
lait, elle passait  dans l’antichambre où
il y avait mon lit pour me consoler. Portant toujours le voile, personne n’a
jamais remis en cause le comportement presque parfait de cette belle musulmane.
Avant de la  connaître, j’avais engagé un
jeune berbère de onze ans, pour garder la boutique quand je me rendais à la
mosquée. Lui aussi, il a comblé mon besoin dans ce domaine pendant un certain
temps. Mais le jour où la sœur de mon ami Said m’a souri, j’ai renvoyé le
berbère.


Un
jour donc une voiture nous a déposés tous les trois (les deux frères
sélectionnés et moi) sur un terrain rocailleux et très accidenté. Le
conducteur, un gros barbu n’a pas bronché un seul mot durant tout le trajet qui
a  duré presque cinq heures. Quatre
grandes rentes étaient dressées au pied d’un rocher. Six formateurs nous ont
accueillis à notre arrivée. L’emploi du temps qu’ils nous ont présenté était
très chargé : Chaque jour, nous avions trois heures d’activités sportives,
trois heures d’initiation au maniement d’armes, deux heures d’information et de
critique (celles-ci portaient sur le monde des mécréants), et deux heures de
cours de théologie.


Les
exercices de sport ne différaient guère de ceux que nous accomplissions lors
des  stages précédents. Par contre
l’initiation au maniement d’armes et les cours d’information étaient très
intéressants.


On
nous attachait  au dos des sacs en
plastique pleins de sable à l’intérieur duquel on avait placé une petite dose
d’explosif inoffensive et une batterie à pile. De cet engin sortaient deux fils
électriques qui longeaient nos bras et qui finissaient séparément sur le pouce
et l’index de  nos mains droites, bien
attachés avec des morceaux de sparadrap. Nos formateurs nous avertissaient que
quel que soit le geste qu’on faisait ces deux fils ne devaient en aucun cas se
toucher. Il fallait courir avec nos fardeaux, escalader des rochers, sauter des
ravins, gesticuler, faire semblant d’ouvrir des portes… De petites détonations
d’explosif  nous trahissaient chaque fois
que nous échouions. Cette initiation a duré trois mois a été très corsée vers
la fin de notre stage. Nous n’avions plus droit à l’erreur. Même psychiquement,
nous étions bien préparés Nous ne connaissions plus la peur. Nous ne tremblions
plus quand nous manions nos armes fictives.


Les
séances d’ « information et de critique» étaient assurées par un imam venu
directement de l’Afghanistan. Il nous informa que, grâce  à Dieu, des techniciens musulmans qui
opéraient en, en Bosnie, en Somalie, en Afghanistan et même en Irak avaient
rejoint le pays pour aider leurs frères dans la fabrication d’explosifs.
L’achat des matières premières était assuré par des filières très rodées et
rigoureusement organisées. Les fonds provenaient soit de bienfaiteurs
Saoudiens, soit de la vente de la drogue dont de fidèles musulmans  parvenaient toujours à écouler avec succès
sur les marchés des mécréants et parfois même dans leurs propres pays.


Les
cours de théologies que nous avons reçus durant cette période étaient centrés
sur «la Récompense Divine».


Tous
les jours, nos formateurs nous assuraient que la vie ici bas ne vaut pas la peine
d’être vécue si l’être humain et plus particulièrement le bon musulman
n’aspirait pas à faire du bien en prêchant l’Islam et en combattant tous les
mécréants où qu’ils soient. La meilleure récompense divine est réservée à celui
ou à celle qui sacrifie sa vie pour cette cause. L’heureux élu qui parvenait à
mourir pour l’Islam serait accueilli par Dieu qui mettrait à sa disposition
palais, jeunes filles et bien d’autres choses mille fois meilleures que celles
qu’on voyait sur cette terre. Il vivrait éternellement dans le bonheur parfait.


Nous
étions tous les trois, les deux autres stagiaires et moi, prêts à mourir pour
sauver l’Islam, car celui qui refuserait une telle mission, nous déclarait-on,
serait sévèrement châtié par Dieu et irait directement aux enfers.


Nous
avons juré solennellement à nos formateurs que nous étions prêts à nous
sacrifier pour notre religion.


Trois
jours avant notre retour en ville, nos superviseurs nous ont appris que les
cibles qui allaient être attaquées étaient déjà sélectionnées, que les
explosifs étaient  prêts et que les
démarches et les procédures à suivre pour accomplir notre mission avec succès,
nous seraient communiquées par téléphones portables une fois sur les lieus
visés. On nous rappelait incessamment que les fils électriques qui se
trouvaient attachés à nos doigts ne devaient se toucher que lorsque nous
serions au milieu des mécréants.


 Nous avons été ramenés à notre ville la veille
du jour J. Il faisait déjà tard quand nous sommes arrivés. Nous avons été
conduits dans une maison d’un quartier populaire. Cinq messieurs habillés en
blanc et portant des barbes noires nous y attendaient. Ils allaient passer la
nuit avec nous. C’était eux qui étaient chargés de monter nos équipements.


Tard
dans la nuit, deux hommes sont venus leur livrer trois volumineux sacs à dos et
ils sont partis sans prononcer une seule phrase.


 Avant de dormir, un des cinq messieurs est
venu nous apporter quelques comprimés et nous a ordonné de les avaler. « Pour
bien dormir », nous a-t-il dit.


Le
matin, vers dix heures, après avoir pris notre petit déjeuner, et avalé
quelques tranquillisants, nous avons été appelés, un par un, dans une chambre.


Quand
j’y suis entré,  deux des cinq hommes
m’ont tendu un jean et des espadrilles. Ils m’ont demandé de les enfiler. Ils
m’ont, ensuite, ajusté soigneusement une perruque sur la tête, m’ont remis un
téléphone portable qui me donnerait les instructions nécessaires, avant de
m’attacher le sac à dos. Cette dernière opération  a pris plus d’une heure durant laquelle les
deux techniciens n’ont cessé de me répéter qu’il ne fallait pas joindre le
pouce et l’index de la main droite.


Je
n’ai plus revu mes deux ex-co-stagiaires.


Le
petit taxi qui m’a déposé en pleine ville est reparti à vive allure. Je n’ai
même pas eu le temps de distinguer sa plaque minéralogique.


Mon
portable a sonné pour la première fois.


-       Allo, oui


-       Tu es un voyageur qui vient juste
d’arriver dans cette ville. Tu vas prendre ton déjeuner dans le restaurant X.
Il est à deux cents mètres devant toi, sur le même trottoir. En y arrivant, tu
essaies de te mettre au beau milieu de la salle. Choisis le lieu où il y a le
plus de mécréants. Crie «  Allah  est 
Grand »  et joins le pouce et
l’index de ta main droite. Jeune frère, tu as énormément de chance. J’aurais
aimé être à ta place. Vas-y. Dieu est avec toi. Il attend ton arrivée au
paradis avec impatience.


-       Merci monsieur


D’un
pas décidé, je me suis dirigé vers le restaurant en question. Il était presque
13 heures. J’avais vraiment de la chance. Je me voyais déjà au paradis à côté
de Dieu.


 Le restaurant était plein à craquer. Des
mécréants mangeaient leurs repas en se servant de couteaux et de fourchettes.
Des bouteilles de vin, à moitié vides, trônaient sur chaque table. Quelques familles
musulmanes déjeunaient  paisiblement en
compagnie de leurs enfants. Ils buvaient des limonades ou de l’eau minérale. Je
me suis arrêté  au beau milieu d’un
groupe de touristes étrangers qui parlaient une langue que je ne comprenais
pas. Ils avaient l’air joyeux et riaient à haute voix.


 « Dieu est Grand !!! »


Extrait  de la Une du quotidien   La Vérité 
du  11/09/2008


Attentats
meurtriers dans un hôtel et dans un restaurant


Bilan
: 47 morts et 97 blessés.


Hier
après- midi, vers 13 heures 10, deux attentats violement puissants ont secoué
un hôtel et un restaurant qui se trouvent en plein centre de la ville. On
compte parmi les nombreuses victimes, les deux terroristes auteurs de ce
carnage. Par ailleurs un troisième attentat qui visait une synagogue a été
évité de justesse : le Kamikaze a eu des problèmes techniques avec sa bombe. Il
a été arrêté et remis à la police.


De
source officielle, ce dernier kamikaze avait un téléphone portable qui lui
permettait de communiquer avec ses supérieurs.


On
déplore 47 morts dont 17 touristes allemands. Les blessés au nombre de 97 ont
été transportés à l’hôpital.


D’après
les premières informations, les trois terroristes sont issus de familles
pauvres. Ils ont suivis des stages de formations dans les villes et les régions
suivantes…
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